25 juin 2008

Coming out

Puisqu'un site internet m'a contactée pour parler du coming out à quelques jours de la gay pride, je me suis exécutée et je vous livre ici l'article que j'ai écrit :

Le fameux coming out : LE passage obligé et tant redouté de tous les gays et lesbiennes de la Terre! La preuve : il y un mois, je me trouvais à déguster quelques belles brochettes sous notre timide soleil de Normandie en compagnie de quelques nouveaux amis gays ; et de quoi parlent des gays qui se connaissent à peine??? Je vous le donne en mille... de leur coming out bien sûr! L'occasion de s'apercevoir qu'il en existe des tragiques, des douloureux, des surprenants, des drôles, des incompris (qu'il faudra répéter un bon nombre de fois à sa famille avant que tout soit intégré)... Chaque personne à le sien propre, dans tous les cas c'est un moment inoubliable, qui se prépare souvent longtemps à l'avance. Bah oui! on n'annonce pas, comme ça, à l'improviste, à pôpa et môman qu'on fricote avec le même sexe...

Je vais donc vous raconter le mien. Je crois que je devais avoir 23 ou 24 ans. Je venais de comprendre que rien n'y ferait, que je ne pourrai rien y changer, j'étais lesbienne. Mais j'hésitais à l'annoncer à mes parents, surtout à ma mère puisqu'elle était plongée dans une dépression à cause de ma soeur qui entretenait une relation avec homme de 25 ans son aîné et père de trois enfants. Quand ta mère déprime déjà pour ça, avoue que t'hésites à lâcher le morceau. Je me trouvais à l'hôpital pour une opération bénigne aux côtés de mon amie de l'époque. Ma mère arrive pour me ramener chez moi, mon amie s'éclipse discrètement. Mais on ne trompe pas l'oeil d'une mère... Dans la voiture elle me dit que cette "femme" me regardait bizarre. Elle me demande si elle est pas homo. Je réponds que oui. "ça m'étonne pas", qu'elle dit, "et toi? tu ne l'es pas!". Je réponds que si. Après j'ai un trou. Je me souviens simplement de ma mère et moi dans la cuisine. Elle qui pleure, qui devient hystérique, qui dit que c'est certainement cette femme qui ma pervertie. (Si tu savais, maman, je suis lesbienne depuis mes 16 ans, j'ai même couché avec ma prof de bio au lycée... alors mon amie n'y est vraiment pour rien. Evidemment, je ne lui dis pas ça). Et qu'elle me lâche tous les poncifs habituels : "qu'est-ce que j'ai fait pour ça? Qu'est-ce qu'on a loupé dans ton éducation? Ca va passer. Faut aller voir un psy. Qu'est-ce que je vais dire aux voisins et aux amis? Tu vas être malheureuse... Je crois que j'ai eu le droit à tout. J'ai bien essayé d'argumenter : ce n'est pas un choix, si j'avais du en faire un, j'en aurais fait un plus facile! Il m'a fallu des années pour l'admettre et l'asssumer donc je ne m'attends pas à ce que les autres l'acceptent en cinq minutes. Je crois que je peux être heureuse... Mais essayer de la rassurer ne servait à rien car elle était hystérique. Elle a fini par dire qu'elle ne voudrait jamais rencontrer mon amie.

J'étais forcément complétement secouée mais aussi un peu soulagée car c'était fait.

Une heure ou deux après, mon père m'appelle au téléphone :

- " C'est vrai ce que tu as dit à ta mère?"

( - bah non, c'était juste pour me marrer et voir votre tête!)

Il poursuit :

- " Je suis revenu en catastrophe du travail, elle est dans un tel état que je me demande si je ne dois pas l'emmener à l'hôpital"

- " J'en suis désolée, mais c'est pas la peine de me culpabiliser, parce que c'est pas facile pour moi non plus".

- " Est-ce que je pourrais te voir seul? Disons demain dans un café".

Là lecteur, il faut que tu comprennes que mon père ne m'avait jamais parlé seul et qu'il n'avait jamais mis les pieds dans un café, d'où ma stupéfaction et le trouillomètre à zéro.

C'est donc la peur au ventre que je me rends au café le lendemain.

Après s'être assuré que ce que j'avais annoncé était définitif, mon père a prononcé ces paroles incroyables qui résonnent encore dans ma tête :

- " Il va me falloir un petit peu de temps pour le digérer mais je voulais te dire que, contrairement à ta mère, je veux rencontrer ton amie".

Je suis restée sur le cul. Mon père, dans sa relation osmotique avec ma mère, n'avait jamais émis un avis différent. J'ai respiré, j'ai souris, j'ai su que mon père m'aimait.

Peut être quinze jours plus tard, mon père m'aidait à emménager chez mon amie. A la fin du déménagement, il a pris le téléphone, a appelé ma mère et lui a proposé de se joindre à nous pour prendre un verre. Elle est venue.

Ma mère a mis du temps à tout digérer, elle n'a jamais aimé cette amie. Mais le temps passant, elle a fait d'énormes progrès. Elle en a parlé à ses amis qui n'ont jamais fait de réflexion. Sa meilleure amie a estimé que j'étais une femme courageuse. Elle a répondu à ses voisins qui demandaient si j'allais me marier qu'on n'était pas obligé de se marier pour être heureux. Elle est venue à mes deux pacs.

Papa est mort depuis. Maman n'a jamais rien su de notre petite conversation.

Depuis j'ai tout lâché à mon boulot : mes collègues, mon chef d'établissement, tout le monde connait ma situation. Je n'ai jamais eu de réflexion désagréable.

J'ai monté une association lesbienne dans ma ville avec mon amie, afin de favoriser l'écoute, le dialogue, la diffusion de la culture chez les lesbiennes. J'ai fait partie de l'association nationale lesbienne.

Je suis tout ce qu'il y a de plus visible et je n'ai jamais eu aucun problème ( à part deux fois des insultes dans la rue). Mais je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai une vie comme celle de mes comparses hétérosexuels... D'abord parce que je vis dans un monde entièrement hétéronormé qui ne me propose aucune autre référence (tous les films, les series, les livres sont hétéro), parce que personne ne me demande au travail comment va ma compagne alors qu'on demande aux autres comment vont maris et enfants (par exemple), parce que ma compagne n'aura jamais la même importance dans ma famille que mon beau-frère, parce qu'à la gay pride de Caen des gamins d'une cité nous ont jeté des pierres,  parce que je ne peux ni épouser, ni adopter...

Et puis j'ai eu de la chance, tout le monde n'en a pas. Je viens d'un milieu de classe moyenne, j'ai fait des études, je travaille dans l'éducation nationale. Je ne vis pas dans une cité, je ne suis pas d'origine étrangère ou de confession musulmane, je vis dans un pays ouvert...

Pour résumer : être homo n'est pas un choix, c'est un fait. J'ai eu de la chance dans ma vie alors j'assume : plus on sera nombreux à être visibles et plus nous aurons de chance de faire avancer les choses dans la société, au travail, dans la vie quotidienne pour ceux et celles qui n'ont pas autant de chance.

Posté par katasandan à 11:26 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Coming out

    Hello par ici,

    Tu vas rire mais je n'avais pas vu ce post, c'est une amie qui vient de me le dire par phone (elle aime bien te lire aussi) ... il était planqué juste en dessous de celui sur la gay pride.

    Je suis admirative devant ton parcours. Quand tu racontes que ton père te propose de te voir seul à seule, j'ai pensé au mien ... je crois que je n'y serais même pas allée, tant j'aurais flippé.

    Et les collègues ... c'est pas demain la veille, crois-moi ... quoique ça se discute.

    Tu crois vraiment que ce n'est pas un choix ? Je n'en mettrais pas ma main au feu. Je crois qu'on choisit même de venir au monde ou pas ... I'm strange yeahhh ! ^°°^

    Bonnes vacs avec ta darling !

    Posté par Leïla, 13 juillet 2008 à 00:52 | | Répondre
  • La j'avoue en lisant ca j'ai utilisé ce cher terme peut aimer de mes profs et qui ponctue mes phrases (oula la phrase excessivement...nul pour ne pas utiliser un mot)

    Moi je n'ai pas été aussi courageuse (vive les lettres) et ma mére met du temps pour l'accepter (dur d'etre patiente)

    Posté par clayms, 14 août 2008 à 19:28 | | Répondre
  • j'aime bien te lire, je reviendrais...
    j'ai beaucoup aimé ton message, il retranscrit assez bien la vérité. Bonne journée.

    Posté par Bulledechagrin, 09 décembre 2008 à 13:42 | | Répondre
Nouveau commentaire