14 mai 2008
Mai 68 et les femmes
Mardi matin, me voilà dans ma petite auto en route pour le taf, concentrée sur le bitume et une oreille dans France culture (bah oui, j'ai le temps, vu le nombre de km! et puis France inter et France culture sont les seules radios qui restent valables, du moins en province).
J'ai monté le son quand j'ai entendu que Gisèle Halimi était l'invitée. Elle parlait du droit des femmes au sein de la communauté européenne. Elle proposait qu'on aligne le droit des femmes le plus fort (le plus valable) sur les autres pays. En gros elle proposait que l'Europe légifère en faveur du plus grand droit des femmes possible. Qu'elle n'a pas été ma surprise et mon dégoût d'entendre tous ces journalistes et commentateurs éclairés, cultivés et "ouverts" lui mettre des bâtons dans les roues, arguant que ce n'était peut être pas souhaitable aux vues des identités nationales, des différentes cultures qu'il ne fallait pas froisser si vite... J'ai été écœurée qu'un tel discours puisse faire polémique parce que pour moi il allait de soi. Je me suis dit qu'il y avait encore du boulot!
L'émission suivante (La fabrique de l'histoire) se proposait de voir mai 68 au travers le regard des femmes qui l'avaient vécu. J'avoue que je suis un peu lasse de ces commémorations quotidiennes, mais là, franchement, c'était intéressant et enrichissant.
Donc ces femmes qui avaient vécu mai 68 de l'intérieur trouvaient révoltant que l'on assimile cet épisode avec la naissance de l'émancipation féminine. Pour elles, mai 68, ce n'est pas le début des revendications en faveur du droit des femmes, bien au contraire!
Elles expliquent qu'au début du mouvement elles se sont associées mais ce sont vite retrouvées attachées à des tâches subalternes comme faire le café, la bouffe, coller des enveloppes ou taper des tracs pour ces messieurs les révolutionnaires. On leur a vite fait comprendre que leur place n'était pas aux avant postes mais à l'arrière, invisibles. Elles n'avaient pas droit à la parole non plus. D'ailleurs, aucune photo de l'époque ne montre de femmes dans les premiers rangs des manifs ou en tribune. Le mythe du révolutionnaire viril et tapant du flic leur interdisait tout premier rôle.
Elles expliquent donc que certaines d'entre elles se sont révoltées, ont quitté les cercles mixtes pour créer des asso et des lieux de parole non mixtes, c'est ainsi qu'est né le mouvement féministe, un peu après 68 et en partie contre lui.
Donc, non mai 68 n'a pas engagé la libération des femmes, ou alors bien malgré lui. Non, messieurs les révolutionnaires, vous n'avez pas à vous targuer de cette avancée, les femmes l'ont fait toutes seules, avec leur courage.
Juste pour une petite mise au point.
