21 septembre 2008
Ma femme a 40 ans!
Dans quelques jours Bulle va passer la barre fatidique, celle tant redoutée de la moitié théorique de la vie.
Ben moi j'vous l'dis, c'est pas une sinécure parce que la Bulle (vous la connaissez), elle y va pas avec le dos de la cuillère, elle y va plutôt direct avec son syndrôme d'angoisse généralisé... ce qui fait, au final, un joli florilège d'inquiétudes, remords, angoisses, questionnements en tous genres!!! Ma femme, elle ne fait jamais les choses à moitié.
Si vous aussi, vous passez bientôt dans la 4ème dizaine, je ne vous conseille pas de lire ce qui suit, cela pourrait vous donner des idées, voire des cauchemars...
L'angoisse de la quarantaine, je ne sais pas trop car je n'y suis pas encore et je ne suis pas vraiment affectée par ce genre de préoccupation, ça doit commencer par un cri : "bordel, je vieillis, ça y est, j'ai passé la date de péremption". En tous cas les cris de Bulle le matin sont de plus en plus fréquents. Je me dois donc de répondre (sans hésiter surtout, c'est très important) aux questions du style : "tu trouves pas que j'ai une sale tête? J'ai grossi? je fais grosse dans ces fringues?". Surtout, lectrice, un bon conseil : lorsque ta femme te demande quelque chose le matin, tu réponds :"NON!" aussitôt et sans réfléchir, sur un ton très convaincu. Note bien qu'elle te demande mais se fiche complètement de la réponse puisqu'elle continue à croire qu'elle a une sale tête, que ses fringues ne lui vont pas (plutôt que son corps fait moche dedans), qu'elle a vraiment l'air d'une grosse vache... Elle te fait comprendre que ton jugement n'a aucune valeur, que tu n'y connais rien. Mais ne t'avises pas, surtout pas d'émettre la moindre petite nuance : "c'est vrai que tu n'as bonne mine aujourd'hui", "Si tu te sens mal, tu pourrais perdre un ou deux kilos" ou bien tu pourrais bien recevoir les foudres ou bien décupler la crise.
Ma femme elle pense qu'elle ne pourrait plus plaire à personne "je suis plus bonne à rien sur le marché de la gouine, je ne pourrais plus emballer personne" (oui elle parle comme ça). Remarque qu'elle n'est pas prête d'y revenir sur le marché de la gouine, parce que je compte bien la garder (et j'espère pas qu'elle va tenter l'expérience). Alors elle se jette comme le cocker sur la baballe au vol sur tout un tas de cosmétiques (crèmes anti-tout, maquillage, que sais-je encore? j'y connais rien, soyons claires). Elle fonce s'acheter des fringues ("tu comprends, j'ai perdu du poids, je vais pouvoir changer de style"). Note bien, lectrice, que la Bulle fait du shopping à la moindre contrariété (c'est-à-dire presque tous les jours), alors avec l'anniversaire qui approche... les occasions ne manquent pas contrairement aux euros sur le compte en banque.
Ma femme, elle a du lire que le sport et les légumes font vivre plus longtemps... je ne vois que ça. Parce qu'avant, tu pouvais toujours y aller avec la gentillesse, les supplications ou même le tracto-pelle, jamais tu n'aurais pu l'emmener faire le moindre exercice. Elle préférait digérer lentement son steak saignant dans son canapé (de préférence avec un plaid, un film et un petit dessert au chocolat voire une bière). Mais depuis quelque temps elle s'est inscrite dans un club de sport, certes, elle souffre (tu penses : aucun exercice depuis 20 ans, même pas pour aller chercher le pain!), mais elle se réconforte avec des fruits au fromage blanc 0%. La bière a disparu du frigo (mais pas le petit verre de vin parce que "faut pas déconner") et tous les jours c'est brocolis-carottes. Quelqu'un a changé ma femme et je reconnais plus mon frigo. C'est le chat qu'est pas à la fête : il peut plus voler dans la poële, faut dire que les pommes et les carottes le laissent de marbre.
Le deuxième effet kiss cool de la crise de la quarantaine c'est quand tu te dis que tu as certainement déjà passé la moitié, alors tu te mets à penser à ce que tu as fait, surtout pas fait, et ce que tu voudrais faire avant la fin.
Chez Bulle cela prend la forme suivante :
1- "J'ai pas une famille normale, mes parents sont complètement flingués (voir le post qu'elle a écrit sur eux MDR), il faudrait les mettre sous tutelle pour qu'ils arrêtent de me faire chier" (là j'ai rien à dire, c'est vrai)
2- J'aime pas mon boulot. Je devrais passer un CAP photo ou faire fleuriste (là elle oublie juste un peu son train de vie, ça risque d'être un peu dur avec le smic)
3- Je voudrais vivre avec une meute de chiens (oui mai chérie, c'est vrai que ça ne ferait aucun dégât dans ta sublime maison-nikelle-briquée-chaque jour).
4- "Je veux voyager, faire le tour du monde, m'installer à l'étranger "(là elle oublie juste que ça risque d'être un peu dur avec une meute de chiens, surtout quand on pense que sa mère ne veut même plus nous garder le cocker pour un wk, elle oublie aussi que faire le tour du monde avec un smic du CAP photo ça risque faire un peu juste, elle oublie qu'on passe notre temps à voyager voir le post sur la typhoïde).
5- "JE veux vivre dans le sud, je vais pas finir ma vie ici, c'est juste pas possible, je vais mourir" (elle oublie qu'elle ne peut pas passer une journée sans sa mère et que j'ai grillé tous mes points de mutation pour faire juste 110 bornes et qu'il me faudra 10 ans pour les récupérer, sans compter la difficulté des mutations dans les universités, mais je suis bête, c'est vrai qu'elle sera fleuriste-photographe!).
6- Elle me sors, au milieu d'une soirée (parce que, je ne sais pas pourquoi, mais c'est au cours des soirées que tu apprends les pensées secrètes de Bulle, peut-être à cause de l'alcool : "je voudrais adopter un enfant!". Là, lectrice, tu devrais tomber de haut comme moi (mais tu ne la connais peut-être pas encore). Parce que Bulle, elle supporte pas les chiards : elle trouve que ça braille, que c'est encombrant, pénible... Elle prend toujours soin d'étendre sa serviette loin de tout moins de 18 ans sur une plage, limite si elle hésite pas quand on est invitées dans une soirée avec des mômes. Alors j'ai bien du mal à l'imaginer se lever la nuit, dire adieu à ses célèbres siestes(qui ont fait sa réputation), se trimballer avec tout l'attirail (plus le cocker voire la meute) chez les potes, gérer une crise d'adolescence rebelle, accepter sans sourciller que son môme aille coucher chez un copain, qu'il parte en vacances sans elle... Sans compter que tu peux difficilement emmener un braillard au pays de la typhoïde, et encore moins le confier à son père.
La crise de la quarantaine finalement c'est juste une deuxième crise d'adolescence : tu veux tout et son contraire, tu te cherches, faut juste attendre que ça passe. Ce qui rassure, c'est qu'elle ne doute jamais de sa sexualité ni de mon amour pour elle.
Moi j'ai juste envie de dire : "je t'aime ma chérie, comme tu es avec tes 40 ans splendides, tes siestes, nos siestes, toutes tes angoisses aussi (oui, oui), on fera ce que tu voudras, je veux juste que tu sois heureuse!
02 septembre 2008
Pffffffffff c'est la rentrée...
Bon bah voilà, on y est, nouvelle rentrée, nouveau poste, nouveau collègues, nouveaux élèves....
Cela n'aura échappé à personne : aujourd'hui c'est la rentrée scolaire, avec moins de postes, autant de gamins, moins de moyens et toujours plus de résultats attendus.
Dans ce contexte morose, je suis loin de me plaindre. En effet, plus que 25 mn de bagnole pour aller au taf au lieu d'1h 15 (autant dire que je ne vois pas le temps passer, par contre, je ne peux plus suivre les programmes de France inter et France culture). Même plus le temps de dire ouf, même plus le prétexte de dire à ma femme que j'ai pas le temps de faire les courses, même plus le droit de me plaindre d'être fatiguée.
Bref, je découvre un collège bien tenu, des collègues souriants, heureux d'être là, enthousiastes, plein de projets... une sorte de rêve. Au bout de 2 jours même la secrétaire connaissait mon prénom. La principale a l'air compétente et sympa, le CPE aussi. J'hallucine carrément.
Les gamins ont l'air bien aussi (bon évidemment je n'ai vu que des petits sixièmes somme toute très impressionnés pour la rentrée au collège).
Finie la sonnerie hurlante qui vous arrache l'oreille, ici on l'a remplacée par un morceau de musique de 30 seconde : aujourd'hui c'était Ayo, ça change tous les jours (il fallait juste y penser).
Je vous raconterai donc la suite de "ma vie au collège de tes rêves", une affaire à suivre...
Pour le moment ça me change d'un collège mal tenu avec des gnômes qui courent partout. Pour vous donner un ordre d'idée, mes anciens collègues me racontent que la principale (du collège où je bossais avant)avait fait les emplois du temps le 29 août, mettant des cours le samedi après-midi, oubliant de mettre du latin aux latinistes... Cette année j'ai eu mon emploi du temps de rêve le 10 juillet (non je vous le donne pas, ça va vous écoeurer!).
Je pense que les enseignants ne font pas du tout le même métier selon qu'ils sont dans un établissement ou un autre.
18 juin 2008
Fin d'année scolaire
Je n'ai pas vraiment le temps d'écrire sur mon blog en ce moment. Je suis trop préoccupée par une tâche bien plus prenante : survivre à la fin du mois de juin parmi les Trolls de mon collège!
C'est devenu de la folie! Nous jonglons entre les conseils de discipline, les agressions de professeurs, les renvois plus ou moins temporaires, les élèves qui refusent tout net de produire le moindre travail, les bulletins, les conseils de classe.... Je n'en peux plus. Hier j'ai enchaîné 10h de présence à faire le gendarme, je suis rentrée à la maison à 21h 15. Les élèves sont dans un tel état que nous avons du annuler l'exercice de confinement lié aux risques industriels prévu hier.
Voilà ce qui finit par arriver lorsque la principale n'inflige aucune sanction depuis 4ans, lorsque la secrétaire est en arrêt maladie depuis un an, la CPE qui déteste la principale au point d'en faire une dépression et j'en passe.
Bref, une prof d'anglais s'est faite insultée et molestée par une élève de sixième sans qu'elle ne se fasse punir ni renvoyer (la mère, prévenue de l'incident a simplement déclaré que personne ne savait s'occuper de sa fille dans cet établissement). Un prof de sport s'est fait agresser dans la rue par un élève de troisième. Les gamins se donnent rendez-vous devant la grille afin de planifier le bordel qu'ils vont pouvoir mettre dans l'établissement, ils se vantent de leurs conneries et de la façon dont ils parlent aux adultes (insultes tutoiements...).
Hier j'ai carrément refusé de prendre certains élèves en cours arguant du fait que : "c'est eux ou moi".
Je n'en peux plus!
Heureusement, je pars.
Ce matin j'ai eu rendez-vous avec la principale de mon nouveau collège afin de me présenter.
Je suis tombée sur une dame charmante et un collège extrêment bien tenu.
Je me suis sentie comme dans un autre monde. Les enfants dans les couloirs nous disaient bonjour en souriant, aucun bruit provenant des salles de cours. Visiblement aucun élève renvoyé de cours.
Lorsque j'ai demandé quel était le pourcentage de familles défavorisées, on m'a répondu : "nous en avons pas mal quand même...". J'ai demandé combien : "20%". J'ai failli pouffer de rire : il y en a 70% là où je bosse.
Plus que 15 jours et ne reverrai plus ces dingues. Je vais peut être enfin faire mon métier...
14 juin 2008
Bonne nouvelle!
Les amies, je vous prie de m'excuser pour ce long silence mais j'étais très préoccupée par ma mutation et aussi, il faut bien l'avouer, très concentrée sur le fait de survivre dans mon boulot actuel auprès d'élèves qui ne veulent absolument rien faire et qui deviennent agressifs.
Aujourd'hui c'est la grande délivrance! Je n'apprends rien à celles qui lisent le blog de ma compagne Bulle qui a déjà diffusé la nouvelle plus rapide que l'aigle. Je suis donc enfin mutée près de chez moi!!!!!!!!!!!!! Les 3 années de galère à vivre dans ma voiture sont terminées!!!!! J'ai obtenu un poste à 20 km de chez dans un petit village charmant de 3500 âmes. Finis les 206 km quotidiens pour aller faire de la garderie avec des trolls qui refusent d'écrire une seule ligne...
Voilà, je n'ai plus mal au ventre, je peux enfin respirer!
24 mai 2008
Aujourd'hui rédac !
C'est le week end. Et que fait un prof pendant les week end? On corrige des copies!
Aujourd'hui je corrige les copies d'expression écrite des 4èmes. Sujet : racontez une de vos peurs.
Je choisis donc de partager avec vous les joies de la correction en vous faisant part de la copie d'Aimad.
Il a commencé par me dire : "Moi, j'ai peur de rien, moi madame, je suis un mec moi, madame".
Et puis, après quelques minutes de réflexion : "Ah oui, je sais..."
J'ai corrigé les erreurs d'orthographe pour une meilleure compréhension...
Vous êtes prêts?
C'est parti :
Titre : Comment je me suis fait serré par les keufs...
Le samedi 10 mai 2008 à 23h45 nous sommes entrés dans une voiture qui ne nous appartenait pas et nous avons volé tout le contenu de ce véhicule. (commentaire du prof, de moi : que fais-tu dehors à cette heure là? Où? Avec qui? Pourquoi?).
La BAC nous a poursuivis et une course poursuite s'engage dans la ville de L . Mon ami se fait attraper, moi je peux les semer parce que les policiers ils sont trop gros alors je cours plus vite.
Je rentrai chez moi la peur au ventre, j'étais terrifié.
Le lendemain matin la police vient frapper chez moi, ce fut mon père qui répondit. Apeuré par la colère de mon père, je me cachai sous mon lit. Il m'appela. Une heure plus tard j'étais au commissariat. Le policier me demanda mon prénom, mon nom... J'ai sursauté lorsque j'ai appris que j'allais passé la journée en garde à vue.
Vingt quatre heure plus tard, j'ai su que je n'allais pas passer en jugement car quand tu es mineur il peut pas t'arriver grand chose. Heureusement pour moi car je n'ai pas envie de finir en foyer. Mes parents étaient en colère contre moi.
Dans la voiture je paniquai. Je ne voulais pas rentrer chez moi car mon père allait me passer un savon. Après le savon mes parents m'ont puni deux mois.
Voilà qui en dit long sur :
- les week end de mes élèves
- la forme physique des policiers
- ce que le sentiment d'impunité
- la démission des parents...
08 mai 2008
Cap des trois ans ?
Aujourd'hui c'est notre anniversaire avec ma chérie...
Retour en arrière.
Il y a trois ans, j'étais en piteux état!
Mon papa venait de décéder d'un épouvantable cancer de la face qui l'avait défiguré, fait souffrir et emporté à 60 ans. Ma chérie de l'époque, avec laquelle j'étais pacsée et avec qui on venait d'acheter une petite maison, au lieu d'être là pour moi dans ce moment difficile, et bien elle a plutôt choisi de me tromper et de me quitter (comme ça le tableau était complet).
Donc, je résume, plus de papa, plus de chérie et puis plus de maison parce évidemment, je ne pouvais pas payer les traites toute seule.
Bon à ce moment là je me suis dit : ou bien tu déprimes et y a des chances que tu touches bien le fond, soit tu considères que rien ne peut t'arriver de pire et que tu es vivante.
Après quelques jours de chialerie (parce que, quand même), j'ai décidé que, puisque j'étais vivante, il fallait que je fasse des trucs d'humain vivant. Je n'avais aucune envie de voir mes amis, qui tous connaissaient mon ex, et donc étaient susceptibles de m'en parler, ce qui aurait eu pour conséquence une nouvelle crise de chialerie... Donc, je me suis dit qu'il fallait trouver de nouvelles personnes qui ne connaissaient pas mon histoire. Je me suis dit que j'avais plutôt envie de voir des lesbiennes. Je me suis dirigée vers les asso, mais malheureusement elles avaient commencé à péricliter, et puis celle de ma ville était animée par mon ex (c'est même là qu'elle avait trouvé sa pouf). Alors, je me suis dirigée vers le net... et je suis tombée sur gay vox!!!
Je me suis vite rendue compte qu'avec un peu d'humour et de conversation on pouvait parler avec plein de filles... et que je ne voyais plus mes journées passer (ce qui, pour moi était bien le principal).
J'ai vite raisonné en ces termes (à tort ou à raison) : puisque j'ai tout fait pour construire une vie bien sage et qu'elle s'est cassée la gueule, puisque j'ai perdu les êtres les plus chers, puisque j'ai toujours été sage et raisonnable (si, si! tout bien fait : les études, pas de conneries, pas de crise d'adolescence, bonne en sport, rentre à l'heure et tout et tout...!!!) et ben je vais pouvoir m'éclater en faisant n'importe quoi!
Donc, c'était parti pour gay vox : j'ai vite mis une photo pour augmenter mes chances, et puis après je me suis dit que ce serait encore mieux en maillot de bain, et puis qu'il fallait être honnête avec les femmes avec lesquelles je conversais : j'ai donc dit que je ne cherchais rien de sérieux. Et bien, vous ne croiriez jamais le nombre de nenettes qui sont intéressées par le cul. En fait, elles font style qu'elles cherchent l'amour (éducation des fifilles oblige) et puis elles crachent pas sur les aventures.
Bref j'ai multiplié les rencontres, ce qui remonte forcément le moral quand tu constates que tu plais ( et puis tu t'arranges pour que l'autre, celle qui t'a jeté, elle apprenne que tu plais beaucoup!). Et puis je suis tombée sur une fille hyper sexuelle et sympa avec laquelle j'ai passé quelques temps (allers retour sur Paris tous les wk).
J'en étais donc là, dans ma folle nouvelle vie de débauchée quand j'ai commencé à parler avec bulle d'image sur le net. J'ai tout de suite pigé qu'elle avait du répondant la nenette et qu'elle était pas conne du tout. On a parlé de temps en temps mais sans plus. J'ai compris que celle là je ne pouvais pas l'embobiner comme les autres. Et puis c''était pas vraiment sexuel, plutôt des dialogues subtils, une sorte de joute verbale.
On s'est même envoyé quelques sms (c'était tout nouveau pour moi car, je sais vous n'allez pas me croire, mais avant je n'avais pas de portable!). On a même failli se voir un jour que j'étais à Paris mais ça n'a pas pu se faire... Il y a eu au moins un coup de fil aussi parce que je me souviens m'être dit que cette fille elle avait une voix envoutante! Tu sais le style de voix grave... tu voudrais qu'elle te cause plus longtemps rien pour entendre encore un peu...
Et puis un jour, puisque c'était férié (tu suis?), l'occas s'est présentée. Je suis allée de l'autre côté de l'eau comme on dit chez nous (c'est-à-dire de l'autre coté de la Seine... faut donc prendre le pont de Normandie).
J'y allais plutôt par curiosité mais pas trop pour draguer, parce que j'avais bien compris que cette fille là, on n pouvait pas l'entourlouper facilement. J'étais surtout intriguée.
Je débarque donc à Caen, rendez vous sur un parking. Je descends la clope au bec, jean et blouson en cuir, peut être mêmel es lunettes de soleil noires. Je vois arriver une petite blonde qui m'avais prévenue que sa voiture était un "aspirateur à gonzesses"! (j'aurais du me méfier). Je monte dans sa caisse, que je trouve pas si aspirateur que ça, mais bon. Elle dit qu'elle m'emmène chez elle. Dans la voiture c'est un peu tendu, je me dis que c'est peut être parce qu'elle est déçue ou alors c'est normal, c'est comme ça quand on découvre, je ne peux pas être sûre.
Elle me conduit jusque dans sa super baraque en pierres et poutres 5 mètres sous plafond : je fais la fille pas impressionnée.
Et puis on parle, enfin surtout elle. Je me dis que cette fille elle a de la conversation. Elle est intelligente, elle a des passions (photo, voyages), elle a une vie riche... On parle pendant des heures en fait.
Pendant ce temps là ya mon amante de Paris qui m'envoie des sms jaloux (c'est fou comme les femmes arrivent à flairer les choses!).
J'analyse dans ma tête, je me dis que cette fille est très intéressante mais il est probable que je ne lui plaise pas. Je fais un test : sur le fauteuil pile en face d'elle, quand elle a la tête tournée, je remonte insensiblement mon tee shirt un peu au dessus de mon ventre histoire de lui montrer que je suis bien gaulée. Pas de réaction visible. Comme il n'y a aucun signe, je me dis que je ne lui plais pas... Et puis elleme dit qu'elle doit partir en wk avec des potes, qu'elle va partir bientôt. J'en déduis qu'elle me vire. Je me casse donc. Mais avant je lui demande ce qu'elle va dire à ses potes en les retrouvant à propos de moi.Elle répond : "je leur dirai que j'ai rencontré une fille intéressante et très jolie"... Là mon coeur fait un bond dans ma poitrine. "Je lui plais alors!".
Il faut se quitter, je retrouve dans ma voiture et je fais cette route que je parcourrai des dizaines de fois, mais ça je ne le sais pas encore. Pendant le trajet, je me sens troublée, vraiment bouleversée par cet après midi passée ensemble. Elle n'est vraiment pas comme les autres...
A tel point que je m'arrête sur une aire pour lui téléphoner (bah oui, faut pas téléphoner au volant, surtout dans cet état!). Je ne sais pas trop quoi dire : je balance la vérité. "Cette rencontre m'a troublée, je ne sais pas ce qui se passe mais il se passe un truc". Elle me répond que c'est pareil pour elle.
Les jours suivants, je me sens complètement perdue : j'étais bien dans ma nouvelle vie sans risques moi! Merde! Vià les emmerdes qui commencent.
Sans compter que la parisienne sent quelque chose... et que bulle d'image (à qui je n'ai pas menti) me somme de quitter la dite parisienne si je veux aller plus loin avec elle... Je trouve qu'elle est gonflée! Mais bon, comme il faut être honnête avec les femmes, c'est la moindre des choses, je dis la vérité à la parisienne. J'aime pas faire du mal... Les choses deviennent petit à petit plus claires dans ma tête : j'ai envie de revoir bulle. Donc je romps. Mais en même temps je me dis que je suis en train de m'engager dans un truc qui risque de me dépasser.
Et puis merde, il faut vivre! Faut écouter ses instincts, pas la raison. On verra bien.
Quelques jours plus tard, je reprends ma voitu
re : fallait que j'aille à Caen de toutes façons puisque ma grand-mère organisait un vernissage de son expo de peinture. J'ai bien compris que ça allait être le grand soir d'après les conversations de plus en plus chaudes qu'on avait. Et comme je sortais du boulot pour aller voir l'expo de Mamy d'abord, je me dis que je vais pas être très fraîche après (ce qu'on peut être bizarres dans ces cas là), donc je débarque chez Mamy en lui disant qu'il faut que je prenne une douche!!! (pauv Mamy).
Bon, ce que j'ai su après c'est que la bulle, après son boulot, et avant de me rejoindre, elle est revenue chez elle pour se laver et changer ses sous-vêtements : alors EGALITE!
Je me sentais hyper bien à l'expo de Mamy, même si j'arrêtais pas de regarder ma montre. Les gens ont du me trouver très expansive ce soir là.
Après le vernissage je file en ville pour le rencard. En une semaine j'avais un peu oublié le visage de bulle et quand je l'ai vue j'ai été agréablement surprise. Je crois qu'elle n'a pas voulu m'emmener tout de suite chez elles façon je n'osais rien vu que la dame m'avait dit qu'il ne fallait pas lui sauter dessus, qu'elle aimait bien prendre son temps. Dans ma tête c'était clair : j'attendrai qu'elle fasse le premier pas. On s'est donc retrouvées autour d'une bière dans un café. Nous savions toutes les deux ce qui allait se passer mais nous n'osions rien, même pas nous prendre les mains qui se frôlaient sur la table (c'est-y pas mignon ça?). Je crois qu'on a pas du se dire grand chose de rare dans ce café.
Et puis elle a fini par m'emmener chez elle. Je restai fidèle à ma résolution, ce qui fait qu'il ne se passa rien pendant plusieurs heures à part une conversation charmante. Nous nous rapprochions l'une de l'autre, assises par terre sur le tapis, c'est tout. Je pense qu'au bout d'un moment elle a du en avoir marre et elle m'a embrassée légèrement sur la bouche avant de filer rapidement aux toilettes... J'ai compris que c'était parti!
Quand elle est revenue nous avons roulé vite fait sur sus dit tapis. Bon après je passe parce qu'il parait que ça se fait pas de raconter sa vie sexuelle avec sa femme. Disons que nous avons vécu une (non deux!) nuits d'amour exceptionnelles? et puis les journées aussi parce que je n'ai pas décollé de son lit du vendredi soir au dimanche après midi! Nous étions deux coquines en symbiose quoi!
Quand je suis revenue chez moi j'étais crevée, déconnectée et hagarde! Je dois dire que mes cours ces mois ci ne devaient pas être formidables, je n'en ai d'ailleurs aucun souvenir...
Rapidement nous avons décidé de passer l'été ensemble en Corse.
Rapidement nous sommes tombées amoureuses, comme des adolescentes.
Rapidement elle a dit : "toi! je vais t'épouser!".
Le truc qui me faisait super peur parce que, souvenez-vous, la précédente m'avait plantée.
D'ailleurs en parlant de celle là : pendant tout ce temps il a bien fallu que je vende la maison parce que l'ex, elle était partie me sommant de vendre rapidement car elle ne pouvait payer à la fois les traites et un loyer. Evidemment elle ne s'occupait de rien et je me demandais comment j'allais faire pour vendre une maison achetée six mois plus tôt (empruntée entièrement y compris les frais de notaire) sans perdre d'argent!
Heureusement l'immobilier montait en flèche et j'ai vendu en huit jours, réalisant même un petit bénéfice qu'elle empocha pour moitié sans sourciller... Passons.
Ma petite bulle me donnait tous les bonheurs, même si je restais inquiète ne sachant si j'étais prête à m'engager aussi rapidement après tous ces échecs. Mais bon, on n'a qu'une vie et il ne faut pas rater les occasions d'être heureuse! (c'est ce que je me suis dit).
Restait la distance qui nous éloignait bulle et moi... Et puis un jour, en franchissant le pont de Normandie, je lui ai dit qu'elle était la femme de ma vie et on a décidé de vivre ensemble, chez elle.... Fin aout j'emménageais.
C'est comme ça que je me suis retrouvée à 106 km de mon boulot (pensant naïvement que j'allais vite muter). Ca fait trois ans que je fais la route, par amour.
Voilà, maintenant on est installées avec un chat et un chien (enfin, un Gaston et un Gaspard), nos deux petits noirs à nous.
Je prie pour obtenir une mutation sympa pour la rentrée prochaine. J'ai fini par céder et nous nous sommes pacsees (faut dire qu'elle me disait trois fois par jour qu'elle allait m'épouser!).
Je me suis cassé le genou en passant ma ceinture noire de karaté (un an d'arrêt), surement un truc inconscient pour pouvoir faire les deuils que j'avais pas eu le temps de faire.
Alors il paraît que trois ans c'est un cap fatal pour les couples (c'est vrai que mes trois précédents n'ont pas survécu à la 4ème année) mais j'espère qu'on ira toute les deux au delà.
Bon anniversaire ma chérie.
C'est un message d'espoir pour toutes celles qui sont seules et qui désespèrent : on peut trouver la perle rare au moment même ou on ne s'y attend pas, et même dans les pires moments!
Courage les filles!
07 mai 2008
Putain de gamins!
Je vais vous raconter ma journée d'hier au collège...
Bon, ça commence par 106 km, heureusement, il fait beau... et, puis bonne surprise aujourd'hui le pont de Tancarville est gratuit. Je demande : "qu'est-ce qui se passe?". Ils me répondent : "bah on est en grève parce qu'on gagne le smic, on fait les trois-huit, on travaille les dimanches et jours fériés". Je réponds : "bon courage, je suis avec vous!", et je pense à la grève que je ferai jeudi prochain.
J'arrive au collège : faut déjà commencer par séparer deux mioches qui se battent dans les couloirs et s'assènent des grands "pd", insulte suprême (si on excepte l'indétrônable : "ta mère). J'ai pas le temps de réfléchir au caractère homophobe ou misogyne du vocabulaire adolescent parce que j'ai encore le cartable et l'ordinateur dans les mains. Alors je hurle plus fort qu'eux : "Vous voulez que je vous aide?" et je lance un "ça te rendras pas plus viril d'insulter ton copain de pd". Ils restent cois, c'est le but.
Je peux enfin prendre mon café avant cette grande journée qui m'attend.
J'annonce aux sixièmes que la prof de latin va faire une intervention dans mon cours pour leur présenter l'option latin qu'ils pourront choisir pour l'an prochain.
Réactions en vrac : "c'est pourri le latin... ça sert à rien... les 4ème m'ont dit qu'on avait que des sales notes... si tu prends le latin tu commences à 8h tous les jours..." et j'en passe.
Bon, je leur explique qu'avant de se prononcer il fallait peut-être quand même être au courant de quoi on parle.
Aujourd'hui c'est la photo de classe, ça veut dire qu'il faut que tu sortes de ta classe dans les couloirs avec une bande de 25 agités (non pas 25 parce que les filles sont calmes, elles sont en train de se recoiffer). Donc, avant toute chose, tu expliques qu'on n'a pas le droit de courir, qu'on ne hurle pas dans les couloirs parce que ya des cours, qu'on n'a pas le droit de disparaître aux toilettes...
Evidemment tu te sens obligée de poser avec la bande de grumeaux qui t'a fait chier toute l'année, pour le souvenir!
On revient en classe, on corrige les exercices. Ils sont plutôt calmes et ils ont fait leur devoirs, je me sens un peu détendue : ERREUR!
Ne jamais se sentir détendue!
Parce que le petit ALvin, on ne sait pas pourquoi, alors que tout le monde prenait la correction, et ben lui il se met à hurler : "VOS GUEULES!!!!!!" de toute sa voix de gamin de 12 ans, il se met à trembler, à pleurer aussi.
Dans un premier temps je gueule aussi, mais je réfléchis vite et je me dis que c'est pas dans les habitudes du petit Alvin de faire un coup pareil. Faut réagir hyper vite : je me dis que le mieux c'est de l'isoler et de pas lui crier dessus. Je lui dis de me suivre dans le couloir : le môme il chiale, je prends donc (sur moi d'abord) ma voix la plus douce et je lui demande ce qui se passe... ALvin il pleure et il regarde ses chaussures. Je lui dis que si il a hurlé c'est peut être parce que certains de ses camarades se sont moqués de lui : silence et larme qui coule par terre. Je lui demande si c'est parce qu'il a eu une mauvaise note? Si il a des problèmes chez lui? ALvin il dit seulement "je dirai rien, j'dirai rien". Je lui dis qu'il est sûrement malheureux et que je ne peux pas le laisser comme ça. "j'dirai rien...".
Bon, je comprends que je pourrai rien en tirer et je le confie à une surveillante en lui racontant l'incident.
Je fais vite parce que, évidemment pendant ce temps là y'en a 24 qui risquent bien de s'exciter.
Je reviens dans la classe et je demande des explications aux autres : "Qu'est-ce qu'il a Alvin?" "rien madame, il est cinglé" est la seule réponse valable que j'obtiens. "Qui l'a insulté?" "Personne madame c'est pas la première fois, une fois en anglais il a failli casser la porte, et puis c'était déjà comme ça à la primaire". J'ai du mal à y croire. "Il est cinglé qu'on vous dit madame".
ça sonne. Faut que je ramasse les affaires d'Alvin, que je lui porte parce que c'est l'heure du déjeuner. Déjà qu'on a que 50mn pour manger, qu'il faut aller jusqu'au lycée, puis faire la queue et j'ai encore 4 heures de cours qui m'attendent... je prends quand même le temps de causer à ALvin. La surveillante me dit qu'elle a rien réussi à en tirer : j'essaie encore, rien à faire...
Bon, va falloir que je convoque ses parents qui ne seront libres qu'à 19h, ou qui me poseront un lapin comme une fois sur deux... tout ça pour certainement m'entendre dire que oui il est comme ça même à la maison depuis toujours et que non ils ne verront pas de psychologue parce que il va bien.
Heureusement qu'on mange super bien à la cantine... enfin on mange trop et il te prend un petit endormissement de début d'ap juste au moment ou la sonnerie de 13 heures retentit!
Aujourd'hui Aimad a décidé de faire chier, comme hier du reste... mais là ça a l'air d'être prémédité. Je connais l'animal depuis deux ans et je sais quand ça dérape plus que d'hab, je sais aussi qu'il ne faut pas le laisser aller trop loin... Il n'écoute rien, il demande à sortir au toilettes pour la quinzième fois, ça fait quinze fois que lui dis non et que ce sera toujours non!, il parle de foot avec ses copains : il me chauffe, je lui signifie plusieurs fois que je vais le virer par la peau du cul... Et moi j'essaie de lire une nouvelle de Maupasssant mais il parle par dessus moi.
Je m'arrête, je tape sur le bureau et lui dis une dernière fois de se taire. Je l'entends qu'il murmure, mais j'entends bien quand même : "vas-y (parce qu'aucune phrase ne peut commencer autrement...), je t'ai pas parlé à toi".
Aimad a donc droit à un petit entretien privé avec moi. Je sais qu'avec lui il faut y aller cash, ne pas mâcher ses mots : "Aimad, que tu fiches rien en classe, c'est une chose, que tu me manques de respect et que tu me prennes pour une conne s'en est une autre! Je suis pas prête à laisser passer ça. Tu me connais, je suis gentille mais ya des limites à ne pas dépasser". Il baisse les bras plus vite que je ne l'imaginais, il reconnait avoir franchi les bornes des limites, s'excuse et dit qu'il va se tenir à carreau.
En 4ème, je me dis que je vais pouvoir souffler parce qu'ils ont interro : ERREUR!
Je sors le rituel : sortez une feuille! Et là quelque uns s'exclament : quoi? ya interro!
J'ai envie des répondre : "bah oui pauv larve ça fait deux jours que je le dis et qu'on révise en vue de...", mais comme ce métier m'a appris une chose essentielle : garder son calme (je crois que je suis devenue imbattable), je réponds calmement : "c'est pas de ma faute si tu dors depuis trois jours, j'avais prévenu".
Alors évidemment ya celle qu'était partie en week end prolongé et qui me sort : "j'étais pas là vendredi, je peux pas le faire". Je réponds : "ok tu fais pas la question 4 mais le reste tu peux le faire", alors elle me sort "mais j'y comprends rien moi", alors je lui dis : "toutes façons, je vois pas ce que ça change, vu que quand tu es là tu n'apprends rien et tu ne sais pas de quoi on cause". Elle acquiesce et prépare une copie sur laquelle elle passera une semi heure à écrire son nom et à décorer avec stylos de différentes couleurs (j'ai souvent remarqué que les cancres avaient plus de stylos que les autres, ça les occupe).
Après je déménage pour me rendre en salle informatique avec des sixièmes. On prépare des exposés sur la mythologie. Je sais pas si vous avez déjà essayé de faire travailler 25 gamins sur des ordinateurs, mais franchement c'est du sport!
Pour commencer, il faut s'assurer qu'ils ne vont pas tous sauter sur les postes avant d'avoir écouté les consignes, parce qu'une fois qu'ils sont devant un écran c'est mort.
Ensuite, il faut qu'ils rentrent leur identifiant pour ouvrir le poste : normalement c'est facile vu que c'est le nom, le prénom et la date de naissance. Sauf que t'en as plein qui mettent le prénom à la place du nom, d'autres qui connaissent pas le numéro de leur mois de naissance...
Et puis, bien sûr ya toujours des postes qui ne fonctionnent pas pour une raison inconnue (voire, c'est arrivé la semaine dernière, aucun ordi ne fonctionne et toi t'a rien prévu d'autre pour occuper ces chères têtes blondes). Alors tu dis à Dylan (y'en a toujours un qui s'appelle comme ça) qu'il va devoir se mettre à côté de Cindy. Mais lui il veut pas parce qu'il trouve que ça pue les filles (il changera vite d'avis dans deux ans).
Après faut te battre pour qu'ils lisent effectivement les documents qu'ils trouvent sur internet, parce que si tu surveilles pas, ils font des copier-coller à tire larigot sans même être capables de te dire de quoi ça cause.
Y'a celui qui te dit : "madame ça marche po" et clique comme un cinglé... le con il a fait beuguer l'ordi. Son voisin qui dit "moi je trouve rien, ya rien sur mon truc, ça craint" Evidemment, tête de pioche, t'as tapé "sisife" au lieu de "sisyphe". "ah bah, si même l'orthographe ça compte!..."
Pendant ce temps là t'as intérêt à bien gérer l'imprimante : tu préviens, parce qu'on te la fait plus à toi "personne n'imprime sans mon accord!", parce que les mômes, ils ont vite fait de t'imprimer un documents de 200 pages en couleurs et adieu la cartouche, et puis tu sais qu'à l'intendance, ils en ont jamais des cartouches de rechange!
Après c'est la récré. Là tu te dis elle va souffler la fille. Bah non, pas vraiment parce que la récré elle dure que 10 minutes (rapport aux cars qui viennent chercher les petits bouseux de la cambrousse), que les petits sixièmes ont filés dès le premier tintement de sonnerie laissant la moitié des ordi ouverts. Donc c'est qui qui les éteint? Et puis t'expliques vite fait au petit Kévin que tu veux voir ses parents. Mais le petit Kévin il répond que papa viendra pas parce qu'il est à l'hôpital en cure de désintox et que maman elle viendra pas non plus parce que elle a pas le permis.
Alors tu ramasses tes affaires vite fait direction la salle des profs. Tu traverses les couloirs en gueulant sur les mômes qui se bastonnent, qui crachent, qui courent... T'arrives dans la salle des profs en te disant que tu vas être peinard pendant 5 minutes mais c'est sans compter la petite Allissonne "avec 2 l, 2 s, 2n qu'elle arrête pas de dire" qui veut des photocopies de son cours pour sa copine malade qu'elle n'ira probablement pas voir parce que "faut pas abuser, c'est trop loin". Et puis ya le petit Alexandre qui te dit qu'il a oublié son blouson dans la salle informatique et puis Jessica qui demande sans dire bonjour si tu pourrais pas mettre ça dans le casier de monsieur machin... T'arrive juste à ta tasse quand ça sonne à nouveau! Fuck!
Il te reste une heure. Là, tu pourrais te dire je tiens le bon bout : ERREUR,
parce que l'heure qu'il te reste c'est LES QUATRIEME 2!!!!!!!!!!
Y'a un collègue qui te lance : bon courage, moi je viens de les avoir, ils sont chauds!
Parce que les QUATRIEME 2, même si ça fait 14 ans que t'enseignes, et ben tu t'y fais
pas, tu sais que ça peut être hiroshima en pire.
Tu te dis : facile, c'est la dernière heure, je vais leur coller une interro : ERREUR!
6 ou 7 guignols de rendent jamais de copie...
D'ailleurs ça te fait penser que t'avais mis des mots aux parents des guignols leur expliquant que leur bambin refusait tout travail et que tu n'étais pas payée pour faire de la garderie, t'avais prévenu : tu fais signer ou t'es viré! Donc, avant même de les faire entrer tu leur demandes si ils ont fait signer : evidemment Mailys a oublié : virée (une de moins).
Dans le rang, tu vois un petit sixième, tu te demandes ce qu'il fait là... Et puis tu te rappelles que tu l'as collé de 4 à 5 histoire de lui faire les pieds à ce petit fainéant. Soudain tu te demandes ce qui t'as pris de le coller avec les monstres, et puis t'as oublié de lui prévoir du travail... Tu retournes vite fait une table au fond de la salle et tu lui dis de recopier son réglement intérieur, ça lui fera pas de mal au petit fainéant.
Bon, maintenant faut s'occuper des monstres. Déjà, faut faire l'appel, tu demandes pourquoi Florian n'est pas là : il est toujours viré? (il a pris huit jours pour avoir insulté la prof d'anglais le naze) ou bien il est malade? "aucun des deux madame : regardez par la fenêtre madame". Tu te penches et là tu vois ton bon Florian, casquette vissée sur la tête, qui attend ses copains sur son vélo. Evidemment ses parents ont appelé ce matin pour dire qu'il était malade. Tu te dis que Florian il est plus calme sur un vélo qu'en classe, tu vas donc lui suggerer une carrière de cycliste! Mélanie n'est pas là non plus, normal, c'est l'apres midi, elle est partie faire des courses avec sa mère...
J'essaie tant bien que mal de leur faire comprendre la notion de point de vue dans récit : narrateur omniscient, interne, externe... Bah oui, y'en a qui vont au lycée quand même... Je suis vite interrompue par le rire de Leïla, un rire niais, débile, de pouffe... elle s'arrête pas. J'avise la classe d'à côté : vide. Je lui dis : "leïla, suis moi", elle croit qu'elle est virée. "Non, non, pas par là". J'installe Leïla dans la salle d'à côté et je referme la porte. Je continue le cours. Quelques minutes plus tard Leïla frappe à la porte et dit : "Je m'emmerde!". Je lui réponds : "C'est le but". Je la laisse là bas toute l'heure, ça me fais des vacances.
Steve a fait signer son mot à ses parents comme quoi il fout rien à l'école. Je lui demande ce qu'ont dit ses parents : "ils m'ont puni" "ah oui, comment?" "ils m'ont dit de faire mes devois". Je me retiens de rire et j'explique à Steve que faire son travail n'est pas une punition, que c'est normal. Peine perdue, il répond "j'm'en fous demain ils m'achètent une PS3". Excédée je réplique : "t'as raison, c'est pas toi le problème, c'est tes parents". J'arrive à expliquer comment reconnaître les différents point de vue dans un récit entre deux pets de Damien, Romane qui a sorti sa glace pour se refaire une beauté...
Ils rangent les chaises, ça sonne, ils sortent en me lançant un joyeux : "a vendredi madame!".
La tension retombe, je ferai bien un petit dodo mais il faut que je remonte dans ma bagnole qui a chauffé au soleil et que je m'enquille 106 km...
Ma femme je t'aime j'ai envie de te revoir, je veux passer du temps avec des gens normaux!!!!!!
Qui a dit que les profs étaient des fainéants?????
30 avril 2008
OLLLLLLLLLLAAAAAAAAAAAA
Hey les filles!!!!!!!!!
ya ma femme qui vient de créer un blog!!!!!!!!!!!
Alors évidemment, vous vous la connaissez pas mais moi oui et avec le sens de l'humour qu'elle a, ça va forcément donner.
Alors allez jeter un oeil.
bulledimage.canalblog.com
26 avril 2008
Petit oiseau craintif
Ouais, je suis prof (de français), dans un collège difficile, comme on dit...
Cette année, j'ai vu arriver dans ma classe un petit oiseau craintif.
Lorsque j'ai fait l'appel pour la première fois et que j'ai appelé Aurélie, un jeune garçon a levé la main. J'ai pensé qu'il s'était trompé et qu'il s'agissait de la personne précédente dans la liste. J'ai appelé à nouveau Aurélie et le même garçon a levé la main. J'ai fini par comprendre qu'il s'agissait d'une jeune fille. J'étais d'autant plus vexée que je n'aimais pas que ça m'arrive dans mes jeunes années...
Même à y regarder de plus prés, j'ai eu du mal à y croire...
Jogging, baskets (soit), mais aussi blouson à capuche, cheveux plus courts que les miens, pics, grosse chaîne en argent autour du cou, trogne de petit caïd...
Mais surtout cette jeune fille baissait soigneusement le regard, voulait visiblement se faire oublier, ne répondait à aucune question...
Je m'aperçois assez vite qu'elle ne rend aucune copie, ne fait pas ses devoirs et refuse d'enlever son blouson. Pourtant pas une attitude de rebelle, bien au contraire : une petite souris qui veut qu'on l'oublie, une petite chose fragile...
Évidemment je suis intriguée, je me renseigne : dossier scolaire, collègues...
J'apprends qu'Aurélie vient d'arriver dans le coin, elle était placée auparavant dans des familles d'accueil car elle fut victime des violences de son père. Elle vit maintenant avec sa maman, ses petits frères et sœurs. La maman est malade, la famille est bénéficiaire des restau du coeur et Aurélie sèche les cours pour pouvoir aller chercher les colis car maman ne peut pas se déplacer. Certainement qu'elle doit s'occuper des petits.
Je comprends pourquoi elle ne peut pas faire ses devoirs.
Je ne lui demande plus d'enlever son bouson : j'ai vu les vêtements troués et tachés en dessous.
Je comprends qu'elle ne veut surtout pas se faire remarquer.
Je comprends qu'elle a honte.
Je comprends qu'elle doit se faire emmerder toute la journée par d'autres qui n'ont pas la même vie.
Je comprends qu'elle doit se faire harceler à cause de son look de garçon.
Je lui parle doucement.
Je ne la force à rien.
Je lui dis simplement qu'elle est capable de faire des choses.
Qu'elle n'est pas bête, qu'elle a sa place ici.
Cela prend du temps.
Et puis un jour, Aurélie fait ses exercices. Je lui dis que c'est bien. Je lui dis que je suis fière d'elle.
Depuis Aurélie me regarde, elle me sourit, elle ne fait toujours pas ses devoirs, elle ne peut pas mais elle travaille en classe.
Je suis heureuse pour elle.
Elle a des amies.
Elle est joyeuse de venir à l'école car elle découvre un autre monde.
Je suis horrifiée de voir qu'Aurélie vit dans le même monde et à la même époque que moi.
J'aimerais faire plus pour elle.
J'aimerais lui dire qu'elle a sa place dans ce monde.
13 avril 2008
retour de mariage
Voilà, on revient un peu fracassées d'un mariage avec ma compagne. C'est toujours une épreuve ce truc, en fait! D'abord il a toutes ces allusions à la mairie et à l'église sur le fait que les jeunes mariés vont fonder une belle famille avec plein de petits enfants : personne ne semble se demander si les deux promis ont envie de ça... Et puis on ne peut pas s'empêcher de penser que nous, bah on ne peut pas, même si on pouvait se marier. C'est quand même un peu bizarre de se promettre fidélité à mort devant tous ces gens...
Et puis vient le moment inévitable où on se présente, on se demande si il faut dire "mon amie", "ma compagne", "ma femme", "ma concubine", "ma pote de baise!!!" ; et puis après on guette le silence ou le regard ou l'approbation.
évidemment vient le moment de la danse. On se demande si on va oser se lever et entamer un slow langoureux, on choisira peut être plutôt la valse (plus volontiers dansée par deux femmes). ALors ? on se lève ou pas? On attend que la lumière baisse? Bien sûr qu'il faut y aller. Ce sera quand même la seule occasion pour certains de croiser deux vraies gouines... Il faut donc faire preuve d'exemplarité. Faut danser : c'est pédagogique! Tant pis pour tous les regards qui se tournent vers nous tout d'un coup. On se dit que, comme gouines, ya plus moches que nous... alors on sourit pour montrer à toute l'assemblée qu'on peut être heureuses, que oui on est un petit couple comme eux (si ils savaient toutes les cochonneries qu'on est capables de faire!).
Bref, c'est toujours un moment pénible qui nous rejette d'un coup dans notre différence, mais après tout, c'est peu être la même chose pour certains hétéros qui ne se sentent as à leur place non plus.
Dans un mariage, j'ai un peu la même impression que lorsque je suis en cours : il ne faut pas faire d'erreur, il faut donner à apprendre mais en douceur, l'impression d'être regardée voire épiée, la même obligation de se montrer aimable, souriante, exemplaire.... Faut prendre sur soi et ne pas faire sa sale gouine, faut faire petit couple bien propre sur lui, surtout pas en marge, c'est chiant... mais moins chiant que d'être la gouine andro célibataire de ce même mariage....

